Épargne en Algérie : pourquoi la Bourse reste petite face aux grands marchés ?
Dépôts, actions, obligations, thésaurisation : comment fonctionne l'épargne en Algérie, pourquoi les espèces restent importantes et comment la Bourse d'Alger se compare aux grandes places.
À quoi sert un système financier ?
Compte épargne, dépôts, actions, obligations et fonds : les possibilités de placement varient fortement d'un pays à l'autre. En Algérie, l'importance des espèces et la taille encore limitée de la Bourse posent une question : comment l'épargne peut-elle davantage financer les entreprises ?
Un système financier fait circuler l'argent entre ceux qui épargnent et ceux qui ont besoin de financement. Les banques collectent des dépôts et accordent des crédits ; les marchés permettent d'émettre actions et obligations ; assurances et fonds orientent l'épargne vers le long terme.
Ces sources sont complémentaires. En Algérie, les banques occupent une place centrale dans le financement de l'économie, tandis que le marché financier reste de taille plus modeste.
La Bourse d'Alger est-elle réellement récente ?
Le cadre juridique du marché boursier algérien remonte à 1993 : la Bourse n'est donc pas nouvelle au sens institutionnel. En revanche, le nombre de sociétés cotées, la diversité des titres et l'activité restent limités face aux grandes places.
Selon le bulletin d'information de la COSOB, la capitalisation boursière atteignait 744,45 milliards de dinars au 31 décembre 2025, en progression de 42,7 % sur un an. Cette hausse est positive, mais la capitalisation ne suffit pas à mesurer la profondeur d'un marché : il faut aussi examiner les volumes échangés, le nombre de titres réellement négociés, la part du capital disponible et la facilité de revente.
Source : COSOB — cosob.dz (bulletin d'information S2 2025)
Comparer Alger aux grandes places africaines et mondiales
La comparaison éclaire les différences d'échelle, sans supposer que tous les marchés doivent fonctionner de la même manière. La Bourse de Johannesburg (Afrique du Sud) figure parmi les plus grandes du continent : en juin 2026, elle comptait plus de 263 sociétés cotées et une capitalisation d'environ 24 730 milliards de rands. À titre de repère, la capitalisation d'Alger s'élevait à 744,45 milliards de dinars fin 2025.
Les monnaies et dates de référence étant différentes, ces chiffres ne constituent pas une comparaison directe de valeur (il faudrait des taux de change à date identique). Ils illustrent néanmoins un écart d'échelle important.
Sources : Johannesburg Stock Exchange — jse.co.za ; COSOB — cosob.dz
Pourquoi la Bourse d'Alger reste de taille modeste
Plusieurs facteurs se combinent.
- Peu de sociétés cotées : toutes les entreprises ne souhaitent pas ouvrir leur capital, par choix d'actionnariat stable ou faute d'être prêtes aux exigences de transparence et de gouvernance d'un marché réglementé.
- Un marché moins liquide : avec peu d'acheteurs et de vendeurs, il peut être difficile de vendre rapidement au prix souhaité, ce qui décourage certains investisseurs.
- Un financement surtout bancaire : quand les entreprises se financent par crédit, elles recourent moins au marché des actions ou des obligations.
- Une demande d'investissement à développer : les particuliers ont besoin de comprendre les produits et les risques, d'accéder à des intermédiaires et à une information claire.
La COSOB signalait néanmoins une forte progression de l'activité au second semestre 2025 : le nombre de transactions sur le marché secondaire est passé de 731 (S2 2024) à 4 483 (S2 2025), une activité largement concentrée sur les valeurs bancaires du CPA et de la BDL. L'enjeu n'est donc pas de nier les progrès, mais de distinguer la croissance du marché de sa profondeur et de sa diversification.
Source : COSOB — cosob.dz (bulletin S2 2025)
Pourquoi une Bourse développée est utile aux entreprises
En émettant des actions, une entreprise obtient des capitaux sans créer une dette à rembourser selon un échéancier ; les investisseurs deviennent actionnaires et partagent le risque, à la hausse comme à la baisse. Le marché obligataire permet de lever des fonds par emprunt selon les modalités de chaque émission.
Les marchés complètent ainsi le financement bancaire : financer de grands projets, diversifier les sources de capitaux, répartir les risques. Pour les particuliers, ils élargissent les placements au-delà des comptes bancaires — sans garantie de rendement : une action peut perdre de la valeur et un titre de créance comporte un risque lié à l'émetteur.
La place des espèces : un enjeu pour le financement bancaire
Le rapport annuel 2024 de la Banque d'Algérie indique que la circulation fiduciaire hors banques atteignait 8 894,52 milliards de dinars fin 2024, soit environ un tiers de la masse monétaire au sens large (agrégat M2).
Ce chiffre mesure les espèces circulant hors des banques, mais ne dit pas quelle part est conservée durablement, utilisée dans des transactions courantes ou liée à des activités non déclarées. Il ne faut donc pas assimiler automatiquement toute circulation de billets à de la thésaurisation — le fait de conserver de l'argent liquide plutôt que de le déposer ou de le placer.
Source : Banque d'Algérie — bank-of-algeria.dz (Rapport annuel 2024, politique monétaire)
Pourquoi plus d'épargne bancaire peut soutenir l'économie
Les dépôts sont une ressource importante pour les banques, qu'elles peuvent mobiliser dans leur activité de financement. Quand une part plus importante de l'épargne transite par des comptes et produits adaptés, la base de financement s'élargit — mais le crédit dépend aussi des fonds propres des banques, des risques de défaut, des règles prudentielles et de la qualité des projets.
La thésaurisation peut donc limiter une partie des ressources disponibles pour l'intermédiation, sans être l'unique explication des difficultés de financement. La situation dépend aussi de la concurrence bancaire, de la confiance des déposants, des taux, des conditions de crédit et des débouchés.
Pourquoi les ménages ne placent pas forcément en Bourse
Partout, les ménages arbitrent entre liquidité, sécurité, rendement et risque. Là où les marchés sont développés, ils choisissent entre dépôts, obligations, fonds, actions et ETF, parfois avec des dispositifs d'épargne retraite ou des enveloppes fiscales.
En Algérie, les produits bancaires d'épargne et de financement existent, tout comme des instruments négociés à la Bourse d'Alger. Mais la profondeur du marché, le nombre de titres accessibles et l'organisation de la distribution diffèrent des grandes places. Pour élargir les placements, il faut une information claire, des intermédiaires accessibles, des frais compréhensibles et assez de titres pour diversifier.
Conclusion : mieux relier l'épargne aux projets économiques
La taille d'une Bourse ne dépend pas seulement de la richesse d'un pays : elle reflète le nombre d'entreprises qui font appel au marché, l'appétit des investisseurs, la liquidité des titres et la confiance dans les règles.
Développement bancaire, épargne des ménages et marchés financiers sont liés, mais aucun mécanisme ne transforme automatiquement les espèces en investissements productifs. Le défi est de proposer des solutions d'épargne et d'investissement assez accessibles et compréhensibles pour que les ménages financent leurs projets et que les entreprises disposent de plusieurs voies de financement.
Important
- Ce contenu est fourni à titre purement informatif et ne constitue en aucun cas un conseil financier, juridique ou fiscal personnalisé.
- Les informations sur les banques, produits et tarifs sont présentées à titre indicatif et peuvent évoluer. Vérifiez toujours directement auprès des établissements concernés ou de la Banque d'Algérie avant de prendre une décision.
- Les exemples, comparaisons et formulations visent à vous aider à comprendre le fonctionnement du système bancaire algérien, pas à vous orienter vers une banque ou un produit précis.
- En cas de doute sur votre situation personnelle, rapprochez-vous d'un conseiller qualifié (banque, notaire, expert-comptable, avocat) pour un avis adapté à votre cas.
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